Tristan L’Hermite

C’est fait de mes Destins; je commence à sentir
Les incommodités que la vieillesse apporte.
Déjà la pâle Mort pour me faire partir,
D’un pied sec et tremblant vient frapper à ma porte.

Ainsi que le Soleil sur la fin de son cours
Paraît plutôt tomber que descendre dans l’Onde;
Lorsque l’homme a passé les plus beaux de ses jours,
D’une course rapide il passe en l’autre Monde.

Il faut éteindre en nous tous frivoles désirs,
Il faut nous détacher des terrestres plaisirs
Où sans discrétion notre appétit nous plonge.

Sortons de ces erreurs par un sage Conseil;
Et cessant d’embrasser les images d’un songe,
Pensons à nous coucher pour le dernier sommeil.

Les Vers héroïques

Tristan L’Hermite, François l’Hermite, dit (1601 - Paris, 1655) Une jeunesse mouvementée, riche en aventures picaresques, qu’il racontera dans son roman autobiographique, le Page disgracié(1643), ne l’empêchera pas de se consacrer à la poésie où les vers burlesques alternent avec les accents lyriques. Son principal recueil, les Amours de Tristan, publié en 1638, comporte la fameuse pièce « Le promenoir des deux amants », qui révèle un poète délicat, raffiné et sensible. Il s’illustre également dans la composition théâtrale, et sa Marianne, représentée en 1636, connut un succès comparable à celui du Cid de Corneille. Il devint membre de l’Académie française en 1649.

Ces textes sont tirés de Sélection du Reader’s Digest, Les plus belles pages de la poésie française, Montréal, 1985, pp.184 et 820.

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