José-Maria de Hérédia,   texte complet
LE SOLEIL COUCHANT

La lande est âpre et haute où le couchant allume
D'un dernier feu le sol hérissé de granit.
Au loin, brillant encore par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

À mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume,
Seul l'Angelus du soir, ébranlé par la brume,
À la vaste rumeur de l'Océan s'unit.

Alors comme du fond d'un abîme, des plaines,
Des ravins, des taillis, montent les vois lointaines
Des pâtres attardés ramenant le bétail.

L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

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HEREDIA, José-Maria de (Cuba, 1842 - Condé-sur-Vesgre, Yvelines, 1905). D'origine espagnole par son père, français par sa mère, il fait ses études en France et se consacre très tôt à l'écriture. En 1862, il publie ses premiers vers et, reconnu par Leconte de Lisle, participe au Parnasse contemporaindès 1866. Libre de tout souci matériel, il cisèle amoureusement ses sonnets, qui paraissent en 1893 sous la forme d'un volume intitulé les Trophées. Le succès de ces cent dix-huit sonnets fut immense, et le poète devint dès lors une des figures marquantes du Parnasse, bien quIl n'ait plus donné par la suite que de rares poèmes de circonstance. Il était entré à l'Académie française en 1895.

Ce texte est tiré de: Sélection du Reader’s Digest, Les plus belles pages de la poésie française, Montréal, 1985, p. 805.

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