L'EXTASE

VICTOR HUGO (1802-1885)

   (Recueil : Les orientales)

     J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles,
Pas un nuage aux cieux, sur les mers, pas de voiles,
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel ;
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger, dans un confus murmure,
Les flots des mers, les feux du ciels.

Et les étoiles d'or, légions infinies,
À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient en inclinant leur couronne de feu ;
Et les flots bleux, que rien ne gouverne et n'arrête,
Disaient en recourbant l'écume de leur crête:
« C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu ! »

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