Nous
n’entrons point d’un pas plus avant en la vie
Que
nous n’entrons d’un pas plus avant en la mort,
Notre
vivre n’est rien qu’une éternelle mort,
Et
plus croissent nos jours, plus décroît notre vie :
Quiconque
aura vécu la moitié de sa vie,
Aura
pareillement la moitié de sa mort,
Comme
non usitée on déteste la mort
Et
la mort est commune autant comme la vie :
Le
temps passé est mort et le futur n’est pas,
Le
présent vit et choit de la vie au trépas
Et
le futur aura une fin tout semblable.
Le
temps passé n’est plus, l’autre encore n’est pas,
Et
le présent languit entre vie et trépas,
Bref,
la mort et la vie en tout temps est semblable.
Le Mépris de la vie et Consolation contre la mort, Sonnet XLIVChassignet, Jean-Baptiste (1570 - Besançon, 1635). Encore adolescent, il écrit son œuvre poétique, Le Mépris de la vie et Consolation contre la mort, publiée dès 1594. Sa carrière de fonctionnaire provincial semble l’avoir accaparé par la suite et ne plus lui avoir accordé le loisir d’écrire, sinon diverses adaptations en vers de la Bible, inférieures en qualité aux poèmes funèbres et désabusés de sa jeunesse.
Ces textes sont tirés de Sélection du Reader’s Digest, Les plus belles pages de la poésie française, Montréal, 1985, pp.157 et 800.