L’ÉVOLUTION DU CALENDRIER
L'AN 2000, SECONDE ANNÉE SÉCULAIRE BISSEXTILE
DU CALENDRIER GRÉGORIEN

    L’an 2000 fut la seconde année séculaire du calendrier grégorien. Pourquoi ? Afin d'y répondre, analysons ensemble les cycles naturels que tout calendrier tente de reproduire le plus fidèlement possible, qu'il soit babylonien, égyptien, romain, julien  ou grégorien.  Voici donc un bref historique de l'évolution du calendrier à travers les siècles.

    Le rythme du jour et de la nuit de même que celui des phases de la Lune s'imposent à l'attention de tous.  La lunaison est le moyen le plus évident de classer les jours.  Elle en compte une trentaine.  Cela explique pourquoi tous les premiers calendriers furent lunaires.  Le parallélisme entre le cours annuel du Soleil et le cycle des saisons terrestres est apparu très tôt.  Les peuples cultivateurs ont donc éprouvé le besoin d'ajuster leur calendrier au cours de ce Soleil qui rythme l'agriculture, commande les semailles et les moissons.
 
    Les Chaldéens utilisaient un calendrier fondé sur la Lune : le calendrier babylonien.  Le mois commence à l'apparition du nouveau croissant.  Comme la lunaison comprend environ vingt-neuf jours et demi, les mois avaient tour à tour vingt-neuf et trente jours.  Ce calendrier lunaire s'accordait très mal avec les saisons, avec le mouvement du Soleil pendant une année.  Ses douze mois inégaux occupaient trois cent cinquante-quatre jours.  Ses prédictions étaient donc en « avance » d'un peu plus de onze jours par rapport à l'année solaire.  En trois ans, l'« avance » atteignait la valeur d'un mois.  Alors, par ordre du roi et sans règle fixe, on doublait un mois, on insérait un mois intercalaire.  Mais, ces opérations furent toujours mal réglées.  Ainsi, en 538 avant J.-C., trouve-t-on deux années consécutives intercalaires , 537 et 536.  Ce n'est qu'en 533 avant J.-C. que l'intercalation des mois fut codifiée.

    Au début du cinquième millénaire avant J.-C., les Égyptiens, pour leur part, utilisaient une année de trois cent soixante jours.  Le calendrier égyptien  comportait douze mois égaux qui n'étaient pas liés aux phases de la Lune comme en Chaldée.  Ils découvrirent rapidement que leur calendrier était en « avance » de cinq jours sur la durée d'une année solaire.  Au bout de six ans, l'équinoxe du printemps arrivait en effet un mois plus tard que prédit par le calendrier.  Une année moins grossière fut établie par l'introduction de cinq jours intercalaires, dits épagomènes .  Des documents datant de 2500 ans avant J.-C. mentionnent ces jours épagomènes, mais la réforme remonte beaucoup plus loin.  Les astronomes modernes tiennent l'année 4228 avant J.-C. pour la date probable de l'adoption du calendrier de trois cent soixante-cinq jours.

    Dans ce calendrier civil rigide et imparfait, le décalage des saisons dut amener rapidement les Égyptiens à connaître une meilleure valeur de l'année : trois cent soixante-cinq jours et un quart.  Ils sont sans doute le premier peuple à l'avoir connue.  En l'an 238 avant J.-C.,  les Ptolémées proposèrent un sixième jour épagomène  tous les quatre ans, analogue à notre jour bissextil.  Ils ne furent pas écoutés et le calendrier égyptien demeura inchangé.

    Le calendrier romain , quant à lui, daterait de la création (mythique) de Rome en l'an 753 avant J.-C.  L'année débutait alors à l'équinoxe du printemps, au moment où la durée du jour égale celle de la nuit.  Elle ne comptait que dix mois et portait la désignation A.U.C., ab urbe condita, « depuis la fondation de la ville ».  Ayant rapidement constaté qu'un tel calendrier était en « avance » sur la prédiction de l'équinoxe du printemps, les Romains y ajoutèrent deux autres mois.

    Cependant, avec les années, force fut de constater que l'équinoxe du printemps se produisait à un moment de plus en plus éloigné de la date prévue même avec un calendrier de douze mois.  Le calendrier prenait de l'« avance ».  Aussi, de temps à autre, les Romains ajoutaient-ils, eux aussi, un treizième mois au calendrier afin de s'assurer que la prédiction de l'équinoxe du printemps coïncide avec le moment ou la durée du jour égale celle de la nuit.  Cette technique de correction du calendrier perdura pendant plus de sept cents ans.  Son application laissait énormément à désirer car elle était faite au hasard, selon le bon vouloir des grands prêtres.

    Les Romains partageaient le mois en trois parties: calendes, nones et ides.  Les calendes, les nones et les ides tombaient le premier, le cinquième et le treizième jour de chaque mois, excepté en mars, mai, juillet et octobre où les nones tombaient le septième jour et les ides le quinzième jour.  On comptait les jours en remontant à partir de la période suivante: le 22 février par exemple était le septième jour des calendes de mars.  Les mois des Grecs n'avaient pas de calendes, d'où le dicton: payer aux calendes grecques, c'est-à-dire jamais.

    Les Égyptiens ayant établi la durée de l'année solaire à trois cent soixante-cinq jours et un quart, Jules César se servit de cette valeur pour proposer un calendrier corrigé : le calendrier julien .  Ce dernier comportait trois cent soixante-cinq jours.  Il intégrait définitivement les cinq jours épagomènes  du calendrier égyptien, tout comme le calendrier actuel.  Évidemment, au bout de quatre années, l'équinoxe du printemps arrivait un jour plus tard que prévu par le calendrier, ce dernier était en « avance » d'une journée.  Jules César, retenant l'idée des Ptolémées,  ajouta un jour supplémentaire à cette quatrième année, le sixième jour avant les calendes de Mars.  Ce jour s'appelait « bissextus calendas Martii », d'où le nom de bissextiles donné aux années de 366 jours.  Ainsi, tous les quatre ans, le calendrier julien ajoutait la journée supplémentaire nécessaire afin que l'année civile coïncidât avec l'année solaire.  C'est en 45 avant J.-C. que Jules César instaura le calendrier julien. L'année 46 dura 445 jours afin de corriger l'« avance » antérieure du calendrier romain.  Cela lui mérita le nom « d'année de la confusion ».  Le calendrier  julien  opérait donc de la façon suivante : toute année divisible sans reste par quatre était une année bissextile.

    Ce nouveau calendrier prenait cependant un peu de « retard » sur la réalité.  La durée de l'année solaire est de 365,2422 jours plutôt que de 365,25.  Elle est donc plus courte que l'année civile de 0,0078 jour, c'est-à-dire plus courte de 11 minutes et quatorze secondes.  Le calendrier julien subit donc une première correction en l'an 300 après J.-C. Il prévalut par la suite sans correction jusqu'au seizième siècle.    En 1582, l'équinoxe, fixé au 21 mars selon le calendrier julien, se produisit en réalité le 11.  Le calendrier fixait donc dix jours plus tard la place occupée par le Soleil  (mille deux cent quatre-vingt-deux années à raison de 0,0078 jour par année).  Le calendrier était en « retard ».  Il fallut à nouveau le corriger. 

    Par la bulle Inter gravissimas  du 24 février 1582, le pape Grégoire XIII prescrivit une suppression de dix jours.  Le 5 octobre fut réputé le 15.  Pour éviter le retour des mêmes inconvénients, le calendrier grégorien  supprime aussi trois années bissextiles sur quatre années séculaires.  En effet, après quatre cents ans, le calendrier julien était en « retard » de 3,12 jours (quatre cents ans, à raison de 0,0078 jour par années).  Il fallait donc supprimer trois jours sur quatre cents ans afin d'assurer que le Soleil occupât la place que le calendrier lui assignait.  Puisque 400 ans du calendrier grégorien comprennent 146 097 jours (400 x 365 jours + 100 jours bissextiles - 3 jours bissextiles séculaires), une année du calendrier grégorien vaut donc 365,2425 jours (146 097 jours / 400).  Au bout de 400 ans, l'écart avec le mouvement réel du Soleil est de moins de deux heures cinquante-trois minutes (400 x 365,2425 - 400 x 365,2422 = 0,12 jour = 2 h 52 min 48 s).  Le calendrier grégorien opère donc de la façon suivante : toute année divisible sans reste par quatre est une année bissextile, sauf les années séculaires non divisibles par quatre cent...  Ainsi, depuis 1582, seule l'année séculaire 1600 fut bissextile.  En effet, 1700, 1800 et 1900 ne sont pas divisibles sans reste par 400.  L'an 2000 le fut toutefois. Ce fut donc la deuxième année séculaire bissextile depuis l'avènement du calendrier grégorien.

    La plupart des nations suivent le calendrier grégorien, mais cela ne se fit pas sans grandes difficultés.  La France l'adopta le 10 décembre 1582, l'Allemagne catholique en 1584, les protestants résistèrent jusqu'en 1700 (le 19 février devint le 1er mars).  L'Angleterre et ses colonies d'Amérique n'adoptèrent le calendrier grégorien qu'en 1752.  Il y eut émeute lorsque le Parlement imposa la réforme: le 3 septembre devint le 14 (1752-300 = 1452 années; 1452 x 0,0078 = 11,3 jours).  Le peuple croyait qu'on lui avait volé du temps et vociférait par les rues: « Rendez-nous nos onze jours! »  Le même décret, daté du 18 mars 1751, stipulait que l'année, à compter de 1752, ne débuterait plus le 25 mars comme avant mais bien le 1er janvier.  La Grèce, pour sa part, attendit jusqu'en 1924 avant de se rallier (le 10 mars devint le 23).  La Turquie n'en fit autant que le 1er janvier 1927, trois cent quarante-cinq ans après la France, cent soixante-quinze ans après le Canada!  Il est à noter que l'écart entre le calendrier julien et le calendrier grégorien augmente d'une journée à chaque année séculaire non bissextile.  Cet écart est de 13 jours depuis le 1er mars 1900 et le restera jusqu'au 1er mars 2100.

    Comme démontré plus haut, après quatre cents ans, le calendrier julien de trois cent soixante-cinq jours était en « retard » de 3,12 jours.  La correction séculaire introduite par le pape Grégoire XIII n'ajuste donc pas parfaitement l'année civile à l'année solaire puisqu'elle ne supprime que trois jours.  Après dix fois quatre cent ans, c'est-à-dire en l'année 4300 après J.-C. (300 + 4000), le calendrier grégorien sera lui aussi en « retard » de plus d'un jour (10 x 0,12 = 1,2).  Il faudra le corriger.  Le phénomène étant rarissime, optera-t-on pour la suppression ponctuelle d'une journée en l'an 4300, pour l'introduction d'une nouvelle règle de la détermination des années bissextiles du calendrier grégorien ou pour l'établissement d'un nouveau calendrier entièrement refondu.  Personne ne le sait encore.  La simplicité suggère d'adopter la règle suivante : toute année divisible sans reste par quatre est une année bissextile, sauf : les années séculaires non divisibles par quatre cent et les années séculaires divisibles par 4000.

    Devant la complexité du calcul du nombre de jours écoulés depuis une date ancienne telle 412 avant J.-C. et une date récente telle 1580, le savant français J. J. Scalinger proposa en 1583, un an après la création du calendrier grégorien, une nouvelle façon de calculer les dates en astronomie: les jours juliens.  Il choisit l'adjectif julien en l'honneur de son père dont le prénom était Jules (tout comme César), ce qui provoque souvent la confusion chez les non initiés.  Le système des jours juliens débute à midi heure de Greenwich le 1er janvier de l'an 4713 avant J.-C.  Une date julienne n'est que l’addition ininterrompue des jours depuis cette date de référence à raison de 365,25 jours par année.  Son plus grand avantage est de permettre la synchronisation de la multitude des calendriers anciens.  Notons qu'entre le 1er janvier de l'an 1 avant J.-C. et le 1er janvier de l'an 1 après J.-C., il n'y a que 365 jours de calendrier, c'est-à-dire un an et non pas deux.  Entre 4713 avant J.-C. et 1770 après J.-C. il y a donc 6482 ans (4713 + 1770 - 1).  Ainsi, midi le 1er janvier 1770 après J.-C. du calendrier julien était le jour julien 2 367 551 (365,25 x 6482), alors que midi le 1er janvier 1770 après J.-C. du calendrier grégorien (donc la même journée) était le jour julien 2 367 540 à cause des 11 jours supprimés lors de l'introduction du calendrier grégorien en Angleterre et dans ses colonies d'Amérique en 1752.  Le 1er mars de l'an 2000, seconde année séculaire bissextile depuis l'avènement du calendrier grégorien en 1582, fut le jour julien numéro 2 451 605 du calendrier grégorien. 

BIBLIOGRAPHIE

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