Ô
temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices!
Suspendez
votre cours :
Laissez-nous
savourer les rapides délices
Des
plus beaux de nos jours!
Assez
de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez,
coulez pour eux;
Prenez
avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez
les heureux.
Mais
je demande en vain quelques moments encore,
Le
temps m’échappe et fuit;
Je
dis à cette nuit : Sois plus lente; et l’aurore
Va
dissiper la nuit.
Aimons
donc, aimons donc! De l’heure fugitive,
Hâtons-nous,
jouissons!
L’homme
n’a point de port, le temps n’a point de rive;
Il
coule, et nous passons
Voici une addresse intéressantes pour en savoir plus sur Alphonse de Lamartine:http://www.alalettre.com/lamartine-intro.htm
Lamartine, Alphonse de (Mâcon, 1790 ? Paris, 1869). Après une adolescence paisible dans une famille aux convictions royalistes, il voyage en Italie et s’enthousiasme pour Naples, qu’il découvre en 1812. Entré au service de Louis XVIII comme garde du corps, il résilie bientôt sa charge pour se consacrer à la littérature. Il se tourne d’abord vers la tragédie, mais son génie le porte plus naturellement vers la poésie lyrique, qu’il aborde en 1815 par des élégies. Sa rencontre en 1816 avec la femme du physicien Charles, à laquelle il donnera le nom d’Elvire dans ses vers, va lui inspirer « Le lac », qui deviendra le poème le plus célèbre des Méditation poétiques, parues en 1920. On y retrouve également « L’isolement », « Le vallon », « L’automne », confidences sensibles de la passion du poète, et surtout manifestations remarquables d’une nouvelle forme d’expression poétique. Reconnu dès lors comme le maître du tout récent romantisme, Lamartine devient, entre 1820 et 1840, le poète le plus écouté de la jeunesse. En 1830, il publie les Harmonies poétiques et religieuses, qui traduisent sa foi chrétienne, douloureuse et tourmentée. Un voyage en Orient, accompli en 1833 et qui le mène jusqu’aux Lieux saints, lui dicte son admirable poème « Gethsémani » (1834). Poursuivant à la fois son œuvre de poète avec de vastes compositions philosophiques, Jocelyn (1836), la Chute d’un ange (1839), et une carrière politique à la Chambre, il s’impose comme un orateur talentueux, vivement hostile à la politique de Louis-Philippe. La révolution de 1848, à laquelle il a participé, fait de lui le ministre des Affaire étrangères du Gouvernement provisoire. Son destin politique prend fin en 1849, après son échec à la présidence de la République contre le prince Louis-Napoléon, futur Napoléon III. Déçu, accablé de dettes, Lamartine se retire alors et se consacre, durant vingt ans, à des œuvres de commande qu’il appellera ses « travaux forcés littéraires ». À partir de 1856, il publie mensuellement son Cours familier de littérature, où paraît en 1857 une de ses plus belle élégies, « La vigne et la maison » (I),(II), (III), (IV). Il meurt, presque oublié, un an avant la chute du Second Empire, qu’il avait courageusement combattu.
Ces textes sont tirés de Sélection du Reader’s Digest, Les plus belles pages de la poésie française, Montréal, 1985, pp. 320 et 808.