LE PETIT GARÇON
QUI RÊVAIT AUX ÉTOILES


par
Madeleine Boucher Nadeau
© novembre 1995
 
 
 

LE PETIT GARÇON
QUI RÊVAIT AUX ÉTOILES






    Il était une fois un petit garçon qui était bien distrait en classe. Ses camarades l'appelaient Fabien la lune car il rêvassait continuellement. Il oubliait de faire ses devoirs où bien apprenait les mauvaises leçons.

    Un jour, le professeur demande à tous les élèves de la classe :

    « Vous m'apporterez, pour lundi en huit, une composition portant sur le voyage le plus extraordinaire que vous ayez fait et qui vous a beaucoup marqué et que vous avez aimé tout particulièrement. »

    Fabien, dont le pupitre était placé près de la fenêtre, regardait dehors. Il avait l'air perdu. On aurait dit qu'il était rendu sur une autre planète.
 
 

    « Bonjour madame la Lune. 

    — Bonjour mon petit garçon. Qui es-tu ? D'où viens-tu ?

    — Je m'appelle Fabien et je viens de très très loin.

    — De si loin que ça, lui dit la belle dame vêtue de lumière.

    — Oui, je viens de très loin. Je viens du Québec.

    — Du Québec ! s'exclame la dame. Mais comment es-tu arrivé ici ? interroge la gentille dame. 

    — Sur le dos d'une comète, répond abruptement le petit garçon.

    — Ah vraiment ! s'étonne la dame. Mais Fabien, que viens-tu faire ici sur la Lune ? Tes parents vont te chercher, ils vont s'inquiéter !

    — Je ne resterai pas longtemps, je veux juste visiter votre maison.

    — Visiter ma maison ? Mais pourquoi t'intéresse-t-elle ma maison ?

    — Ah… J'y viens souvent, mais je n'ai jamais oser y entrer. Le soir, de chez nous, on voit la Lune très très bien. Elle brille tellement. Souvent je me dis :  Comme j'aimerais aller sur la Lune, comme il doit être bon y vivre.

     — Oui, tu as raison, il fait bon vivre ici. Mais pourquoi t'intéresses-tu particulièrement à la Lune ? Il y a beaucoup d'autres planètes.

    — Oui, je sais. Chez moi j'ai un grand livre, on y parle des planètes. De Saturne, de Jupiter, d'Uranus, de la planète Mars.

    — On doit parler aussi de Mercure, de Neptune, de Vénus, de répliquer la Lune.

    — Ah oui on parle de toutes les planètes et on parle des étoiles et du Soleil aussi.

    — Si tu viens du Québec… tu viens de la planète Terre, si je ne m'abuse !

    — Oui, c'est ça ! Vous savez ça ? lui demande tout étonné le petit garçon.

    — Bien sûr que je sais ça. Mais je n'y suis jamais allée. Parle moi de la Terre.

    — La Terre… La Terre. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il y a tellement de choses à dire de la Terre.

    — La Terre, est-ce qu'elle ressemble à la Lune ? demande-t-elle. 

    — Sur la Terre, il y a beaucoup de petits garçons comme moi, des petites filles, des papas, des mamans, des animaux aussi. Sur la Lune, on y rêve, dit Fabien, les yeux brillants.

    — Et sur la Terre, lui demande la dame ?

    — Sur la Terre on y travaille. On va à l'école toujours, toujours, toujours. C'est bien plus plaisant de rêver ! À part ça, sur la Terre, il y a les saisons. L'été il fait chaud comme le soleil. L'automne, il y a les merveilleuses couleurs des arbres. Des dégradés de verts, de jaunes, de rouges, des orangés. Après, les feuilles tombent et ça fait un beau tapis multicolore au sol. Le printemps, tout repousse, tout fleuri, les fleurs sentent bon. L'hiver, c'est le froid, la neige, le ski, les glissades en traîneau.

    — Mais ça doit être merveilleux, les arbres, la neige.

    — Je n'ai jamais dis le contraire aussi ! réplique Fabien.

    — Mais pourquoi quittes-tu tout ça pour venir voyager dans l'espace ?

    — L'espace… C'est l'espace ! C'est la liberté, c'est l'inconnu, c'est le rêve.


 

De chez nous, quand on regarde la voie lactée remplie d'étoiles, la Lune qui brille et éclaire, c'est merveilleux aussi vous savez ! Vous, madame la Lune, vous voyez la Terre de haut. Mais nous on vous voit du bas, et vous êtes très belle !  »
 
 

    La dame, tendrement, sourit à Fabien.

    « Vous m'excuserez, madame la Lune, mais… ma comète m'attend, je dois rentrer chez moi.

    — Comme bon te semble mon garçon. Mais avant de te quitter je me permet de te donner un petit conseil. Sois bien attentif à l'école, apprends beaucoup de choses, un jour tu deviendras peut-être astronome ou peut être bien astronaute. Depuis quelques années on y vient en fusée sur la Lune tu sais !

    — Ce serait super d'être astronaute ! s'écrie Fabien. »
 
 





    Au moment de quitter madame la Lune, Fabien regarde partout pour voir où est stationner la comète. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise de voir venir vers lui Simon et Éloïse, deux autres élèves de sa classe.

    « Que faites-vous ici pour l'amour de ciel, ou plutôt pour l'amour de la Voie Lactée ?

    — Il n'y a pas que toi qui peut visiter les planètes Fabien la lune. Il suffit d'être distrait en classe et c'est parti mon kiki dans la galaxie ! Nous continuons le voyage avec toi, de dire Simon.

    — Non, moi je rentre !

    — Attends-nous Fabien la lune, dit Simon. Nous n'avons pas fait tout ce voyage interplanétaire pour rentrer tout de go !

    — Allez-y sans moi, je rentre.

    — Ah zut ! disent Simon et Éloïse en choeur.

    — Tu as tellement d'expérience, Fabien la lune, dans les voyages interplanétaires, nous tenons à ce que tu viennes avec nous, hein Éloïse ? dit Simon en ricanant.

    — Moi… Saturne, je ne la connais pas tellement, j'ai surtout visité la Lune durant la classe.

    — Tu peux pas nous lâcher comme ça, ajoute Éloïse.

    — Bon très bien, j'y vais, mais arrêtez de m'appeler Fabien la lune. Comment allons-nous nous y rendre? La comète n'est plus là.

    — On ne le sait pas nous, c'est toi le spécialiste.

    — Bon, très bien, je vais me débrouiller. »

    Fabien met deux doigts dans sa bouche et siffle comme pour héler un taxi. Sitôt dit, sitôt fait, voici nos trois compères assis sur le dos d'une étoile filante.

    « S'il vous plaît, conduisez-nous sur Saturne. »

    Et dans un éclair, l'étoile transporte les trois camarades.

    « Mais, ce n'est pas Saturne ! Où est son anneau et ses belles couleurs qu'on nous promettait dans mon grand livre ? dit Fabien.

    — Je n'ai pas compris Saturne, dit l'étoile, j'ai compris Neptune.

    — Neptune… Neptune… dit Fabien déçu.

    — Nous ne voulons pas voir Neptune, nous voulons voir Saturne, de répliquer Simon d'un ton autoritaire. »

    Éloïse d'ajouter :

    « On devrait lui laver les oreilles, comme dit notre professeur.

    — Vous pouvez bien jeter un coup d'oeil pendant que vous y êtes, de dire l'étoile. De toute façon, vous n'avez pas le choix, la prochaine étoile filante part demain matin à neuf heures !

    — Qu'est-ce qu'on peut bien y voir sur Neptune ? demande Éloïse. Il fait froid ici on gèle ! »

    Ils s'assirent tous les trois adossés à la gare où partira demain matin à neuf heures l'étoile filante qui les conduira enfin sur Saturne. Inutile de vous dire que nos trois camarades n'ont pas très bien dormi.

    Leur étoile filante partit tel que prévu à neuf heures précises. Quelques instants plus tard, ils furent déposés sur la planète tant convoitée. Mais quelle ne fut pas leur surprise de voir que d'autres enfants étaient déjà sur l'anneau de glace. Quelques-uns patinaient allègrement et d'autres avaient de longs toboggans et glissaient et riaient à perdre haleine.

    « Mais… Ce sont les élèves de notre classe ! s'écrie Éloïse. »

    Simon et Fabien étaient stupéfaits, de la beauté de cette planète, oui, mais surtout d'avoir été devancés par les autres élèves de la classe.

    « Eh ! c'est mon idée de faire une composition sur un voyage dans l'espace. Vous n'avez pas le droit d'être ici ! de dire Fabien d'un air insulté. »

    Les autres enfants ne s'occupaient pas du tout des trois comparses, ils glissaient et riaient sans même se soucier d'eux.

    « Ah ! c'est le bouquet ! de crier Fabien. Vous avez volé mon idée ! C'est à moi que revient l'idée de cette composition ! Je ne m'appelle pas Fabien la lune pour rien !  »
 

    Et tout à coup, Fabien sent quelqu'un le secouer.

    « Fabien, Fabien, revient, revient sur la Terre, grand dieu !

    — Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce que vous voulez ? C'est mon idée, c'est mon voyage, c'est ma composition, vous n'avez pas le droit ! »

    Fabien regarde d'un air hébété madame Lavigueur, son professeur, qui le secoue comme un vieux pommier.

« Fabien, la classe est terminée, tes camarades sont entrés chez eux. Il va falloir que tu mettes fin à tes rêvasseries, ça ne peut plus durer, je vais prévenir tes parents, dit d'un ton ferme madame Lavigueur. Comment vas-tu rentrer chez toi ? Les autobus sont tous partis ! »

    Fabien reprend graduellement contact avec la réalité.

    « Ne vous inquiétez pas madame, je hélerai une étoile filante. »

    Ne comprenant rien des propos de son élève, madame Lavigueur ferme derrière lui la porte de la classe.

    En se rendant chez lui, Fabien se dit dans son for intérieur :

    « J'ai le sujet de ma composition, mais le plus difficile c'est de mettre l'idée sur papier. Quel jour a-t-elle dit qu'on doit remettre notre travail ? »


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